La décision du Ministre François Desquenes d’octroyer le permis pour la ZACC de Suarlée ne constitue en rien une réponse sérieuse aux nombreuses objections formulées par les riverains lors de l’enquête publique.

Malgré un dossier de plus de 50 pages étayant le recours par une analyse documentée et fondée sur les textes réglementaires en vigueur, force est de constater qu’aucune réponse de fond n’est apportée. Les arguments soulevés par les riverains ne sont ni analysés, ni contredits, mais simplement contournés. La motivation de la décision apparaît ainsi largement insuffisante au regard des exigences légales.

Ce constat est d’autant plus interpellant que, pour un projet quasi identique dans ses grandes lignes, le Ministre précédent, Willy Borsus (MR), avait refusé le permis à ce même stade d’avancement. Aujourd’hui, le Ministre François Desquesnes (Les Engagés) valide ce projet en écartant les constats formulés précédemment, sans apporter de justification nouvelle substantielle. Une telle divergence de position, à dossier quasi équivalent, interroge inévitablement sur la cohérence et la rigueur de l’analyse.

Par ailleurs, le soutien affiché de la Ville de Namur, dont le bourgmestre empêché Maxime Prévot (Les Engagés) défend activement ce projet depuis ses débuts, ne peut être considéré comme neutre. La Ville bénéficie en effet directement de retombées financières importantes liées aux charges urbanistiques ainsi qu’aux recettes fiscales futures. Ce contexte soulève des questions légitimes quant à l’objectivité de l’analyse locale.

Sur le fond, cette décision confirme une tendance préoccupante : les principes du Schéma de Développement du Territoire (SDT) et du Schéma d’Orientation Local (SOL) sont cités, mais non respectés. Les écarts sont nombreux, reconnus, parfois explicitement mentionnés… pour être ensuite ignorés. Il ne s’agit plus d’interprétation, mais d’un affaiblissement manifeste de règles pourtant fondamentales pour l’aménagement du territoire.

Un autre élément met en évidence les incohérences flagrantes de ce dossier. À quelques centaines de mètres à peine du site de la ZACC, un projet de reconversion d’un ancien site commercial à l’abandon (ancien Trafic de Belgrade) a fait l’objet d’une étude d’incidences indépendante. Les conclusions de cette étude sont sans équivoque : malgré une localisation similaire, entre axes structurants soumis à un trafic important, le développement recommandé repose sur une mixité fonctionnelle intégrant logements, services publics, équipements collectifs et commerces de proximité compatibles avec le tissu résidentiel.

Cette même étude souligne également l’absence de besoins en nouvelles grandes surfaces commerciales, la nécessité de limiter les impacts sur la mobilité déjà saturée, et l’importance de renforcer la végétalisation et la qualité du cadre de vie. Autant de constats qui rejoignent précisément les critiques formulées par les riverains dans le cadre du projet de la ZACC… mais qui sont ici pleinement pris en compte, là où ils sont ignorés dans le projet contesté.

Il est dès lors difficile de comprendre comment, à quelques centaines de mètres de distance, deux analyses portant sur un territoire aux caractéristiques similaires peuvent aboutir à des conclusions aussi radicalement opposées. Cette contradiction illustre une nouvelle fois le manque de cohérence globale dans l’approche adoptée pour la ZACC de Suarlée ainsi qu’une vision dépassée des besoins réels et de l’urbanisme moderne.

L’abandon du projet de parking-relais (P+R), pourtant au cœur de la logique initiale du site, vide par ailleurs le projet de sa cohérence. Cet équipement structurant disparaît sans que cela n’entraîne une remise en question globale du projet, ce qui est difficilement compréhensible.

Au-delà des aspects réglementaires, il convient de rappeler pourquoi les riverains se mobilisent : ce projet n’a tout simplement pas sa place à cet endroit. Implanté en zone rurale, à proximité immédiate d’habitations, il est d’une ampleur disproportionnée et dénature profondément le cadre de vie existant. Il repose sur une vision dépassée de l’urbanisme, centrée sur le tout-à-la-voiture, à l’opposé des orientations actuelles. Pour la forme, l’accent est mis sur la mobilité douce dans le projet mais qui irait acheter une tondeuse ou du carrelage en bus ou en vélo ? Personne.

La situation énergétique locale soulève également de sérieuses inquiétudes. Dans cette partie du namurois, le réseau électrique est déjà sous tension. Plusieurs projets récents, comme le padel de Suarlée ou certaines entreprises du zoning Ecolys, ne sont toujours pas raccordés faute de capacité suffisante et doivent attendre plusieurs années. En attendant ils fonctionnent via des générateurs au diesel. Le projet prévoit des installations énergétiques classiques importantes (nombreux transformateurs, systèmes de climatisation et de chauffage), confirmant une dépendance accrue au réseau électrique. Le projet annonce néanmoins l’installation de panneaux photovoltaïques sur plusieurs toitures. Toutefois, aucun élément chiffré n’est fourni : ni le nombre de panneaux, ni la puissance totale installée, ni la production attendue. Une telle absence de données empêche toute évaluation sérieuse de la contribution réelle de ces installations à l’alimentation du site et laisse planer un doute important sur leur portée effective et leur réalisation finale, en décalage avec les visuels promotionnels. Il y a déjà une saturation du réseau électrique dans le Nord namurois. Ce projet ne fera qu’accentuer le problème avec tous les risques liés pour ceux qui dépendent du réseau ainsi que des risques de pollution si les commerces doivent également utiliser des générateurs diesel pendant plusieurs années.

La seule évolution positive à relever dans la décision ministérielle est l’exclusion de l’activité Horeca sur le site, en particulier du projet de restauration rapide McDonald’s. Toutefois, cette suppression ne s’accompagne d’aucune remise en question globale du projet. Au contraire, plutôt que de saisir cette opportunité pour réduire l’ampleur du développement, améliorer son intégration ou renforcer les espaces verts, il est simplement prévu de remplacer cette activité par un autre commerce. Ce choix illustre une fois de plus que la logique de rentabilité prime sur toute considération qualitative ou environnementale.

Cette situation met également en lumière une certaine incohérence au niveau communal. Lorsque l’échevine de l’urbanisme, Stéphanie Scailquin (Les Engagés), se réjouit aujourd’hui de la suppression du McDonald’s au nom d’une politique de lutte contre la malbouffe, une question simple se pose : pourquoi ce même projet, incluant cette implantation, a-t-il été soutenu initialement par la Ville ? Sans la mobilisation des riverains, cette enseigne serait aujourd’hui maintenue. Cette satisfaction affichée a posteriori interroge dès lors sur la cohérence et la constance des positions adoptées.

Enfin, il est essentiel de rappeler que les riverains ne s’opposent pas à tout projet. Ils demandent simplement un développement cohérent, à taille humaine, respectueux de son environnement et de son implantation. Un projet conforme aux recommandations initiales de l’Observatoire du commerce, limité à environ 2.500 m² et intégré dans une logique territoriale pertinente, serait autrement plus acceptable.

En l’état, cette décision donne le sentiment que les conclusions étaient arrêtées avant même l’analyse complète du dossier. Les nombreux manquements relevés n’ont pas empêché l’octroi du permis, au prix d’une motivation lacunaire et d’une interprétation très libre des règles en vigueur. Face à cela, le Comité et les riverains entendent poursuivre l’action afin que ce dossier soit examiné avec la rigueur, l’objectivité et le respect des normes qu’il mérite.